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Nutri-Score : pourquoi certaines marques le retirent-elles ?
Des grandes marques abandonnent le Nutri-Score et son affichage obligatoire vient d'être rejeté à l'Assemblée nationale. Que vaut réellement ce logo nutritionnel ?
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Le 22 octobre 2026, l'Assemblée nationale a rejeté, à une voix près, des amendements visant à rendre obligatoire l'affichage du Nutri-Score sur certains produits alimentaires.
62 voix pour, 63 contre.
Quelques mois auparavant, plusieurs grandes marques avaient déjà retiré ce logo de certains de leurs emballages.
Pourquoi un outil conçu pour aider les consommateurs à mieux choisir leurs aliments suscite-t-il autant de débats ?
Entre recommandations scientifiques, intérêts économiques et décisions politiques, faisons le point sur ce que l'on sait réellement.
1. Le Nutri-Score : que mesure-t-il exactement ?
Mis en place en France en 2017, le Nutri-Score permet de comparer plus facilement la composition nutritionnelle des aliments.
Il classe les produits de A (vert foncé) à E (orange foncé), selon un calcul réalisé pour 100 g ou 100 ml.
Ce calcul prend notamment en compte :
- Les éléments à limiter : énergie, sucres, sel et acides gras saturés.
- Les éléments à favoriser : fibres, protéines et certaines composantes végétales, selon les règles applicables aux différentes catégories.
Mais le Nutri-Score ne mesure pas toutes les dimensions de la qualité d'un aliment.
Il ne renseigne pas directement sur les résidus de pesticides, l'origine des ingrédients, les additifs ou le degré de transformation industrielle.
C'est donc un indicateur nutritionnel, et non un jugement global sur un produit alimentaire.
2. Pourquoi certains produits ont-ils changé de note ?
En mars 2025, une nouvelle méthode de calcul est entrée en vigueur en France.
Son objectif : mieux tenir compte des connaissances scientifiques et des recommandations nutritionnelles.
Plusieurs changements sont à retenir :
- Les produits riches en sel ou en sucre sont généralement notés plus sévèrement.
- Les aliments complets sont mieux distingués de leurs équivalents raffinés.
- L'huile d'olive, de colza et de noix passe de C à B.
- Les boissons contenant des édulcorants sont davantage pénalisées.
- L'eau reste la seule boisson classée A.
Selon Santé publique France, 30 à 40 % des produits pourraient changer de score.
Une céréale de petit-déjeuner autrefois classée B peut ainsi obtenir une note moins favorable, même si sa recette n'a pas changé.
Les entreprises engagées dans le dispositif disposent d'une période de transition de deux ans, jusqu'en mars 2027, pour actualiser leurs emballages.
Cette évolution contribue à expliquer les réactions de certains fabricants.
3. Pourquoi des marques retirent-elles le logo ?
En mai 2026, une enquête d'UFC-Que Choisir a révélé que 86 entreprises avaient retiré le Nutri-Score d'au moins une de leurs marques en un an.
Parmi les produits concernés figurent notamment les céréales Kellogg's, les desserts Danette, les saucissons Justin Bridou et certaines boissons Cacolac.
Le nouvel algorithme a dégradé la notation de plusieurs catégories de produits, notamment certains aliments sucrés et boissons lactées.
Faut-il en conclure que les fabricants cherchent à dissimuler une mauvaise qualité nutritionnelle ?
La situation est plus complexe.
Les motivations peuvent différer selon les entreprises. Certaines ont notamment invoqué des contraintes liées à l'organisation de leurs emballages sur plusieurs marchés.
Et tous les industriels ne prennent pas la même direction.
D'après la même enquête, 216 entreprises ont rejoint ou étendu leur participation au dispositif entre 2025 et 2026.
Le nombre total d'entreprises engagées a donc augmenté, malgré des retraits parfois très visibles.
Ces évolutions montrent que le Nutri-Score représente également un enjeu commercial pour les fabricants.
4. Pourquoi l'Assemblée nationale a-t-elle rejeté son affichage obligatoire ?
Le 22 octobre 2026, plusieurs amendements ont été examinés dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027.
Ils visaient notamment à imposer l'affichage du Nutri-Score sur certains produits transformés et emballés, avec des dispositions fiscales en cas de non-respect.
Les partisans de cette obligation souhaitaient améliorer l'information nutritionnelle et encourager les industriels à reformuler leurs produits.
Les objections portaient notamment sur la conformité d'une telle obligation au droit européen, les modalités de taxation et leurs conséquences économiques.
Les amendements ont finalement été rejetés.
Mais attention : ce vote ne remet pas en cause la validité scientifique du Nutri-Score.
Il concerne les conditions de son affichage obligatoire, et non la pertinence de son calcul nutritionnel.
En France, l'utilisation du logo reste donc volontaire.
5. Que disent réellement les études scientifiques ?
C'est la question essentielle.
Le Nutri-Score repose sur un système de classement nutritionnel étudié depuis plusieurs années.
Les recherches permettent de distinguer trois aspects.
Un indicateur pertinent de la qualité nutritionnelle
Une étude européenne publiée en 2024 dans The Lancet Regional Health – Europe, portant sur plus de 345 000 participants, a observé qu'une alimentation globalement moins favorable selon le système de classement du Nutri-Score était associée à un risque cardiovasculaire plus élevé.
Cette étude soutient la pertinence du système pour caractériser la qualité nutritionnelle d'une alimentation.
Cependant, une association ne démontre pas un lien de causalité.
Elle ne prouve pas que la présence du logo sur un emballage réduit directement le risque de maladie cardiovasculaire.
Une aide pour les choix alimentaires
Plusieurs études expérimentales montrent que le Nutri-Score peut faciliter la compréhension des informations nutritionnelles et orienter les consommateurs vers des produits de meilleure qualité nutritionnelle.
Des expérimentations réalisées en situation d'achat ont également observé des améliorations, mais leur ampleur varie selon les études et les produits concernés.
L'intérêt du logo pour comparer des aliments est donc étayé par des données scientifiques.
Des effets à long terme encore discutés
Une revue systématique publiée dans la revue Nutrition en 2025 a souligné que les changements observés dans les achats réels étaient parfois modestes et que les preuves d'effets durables sur les habitudes alimentaires ou la santé demeuraient limitées.
Ses conclusions ont toutefois suscité des critiques méthodologiques de la part d'autres chercheurs, suivies d'une réponse des auteurs.
Il faut donc distinguer l'intérêt scientifique du classement nutritionnel et l'efficacité de son affichage pour modifier durablement les comportements.
Un logo peut aider à mieux choisir sans suffire, à lui seul, à transformer l'ensemble des habitudes alimentaires.
6. Un produit classé A est-il forcément bon pour la santé ?
C'est l'une des principales limites à comprendre.
Prenons un exemple concret.
Vous hésitez entre deux paquets de céréales pour le petit-déjeuner. Le Nutri-Score peut vous aider à comparer leur composition nutritionnelle, notamment leurs teneurs en sucres, en fibres et en sel.
En revanche, comparer directement la note de céréales avec celle d'une huile végétale n'a guère de sens : ces produits n'ont pas le même usage alimentaire.
Le Nutri-Score est surtout utile pour comparer des produits similaires ou destinés au même usage.
Autre point important : un produit bien classé peut être ultra-transformé.
Le Nutri-Score et la classification NOVA, qui renseigne sur le degré de transformation, évaluent deux dimensions différentes.
Inversement, un aliment peu transformé peut obtenir une note nutritionnelle défavorable en raison de sa composition.
Cela ne signifie pas qu'il faille supprimer tous les produits classés D ou E.
La fréquence de consommation, les quantités et l'équilibre alimentaire global restent essentiels.
7. Comment choisir lorsqu'un produit n'affiche pas de Nutri-Score ?
L'absence du logo ne signifie pas automatiquement qu'un aliment présente une mauvaise qualité nutritionnelle.
Pour comparer les produits, quelques réflexes restent utiles :
- Lire le tableau nutritionnel, notamment les teneurs en sucres, en sel et en acides gras saturés.
- Examiner la liste des ingrédients, pour mieux connaître la composition du produit.
- Comparer des aliments similaires, destinés au même usage.
- Privilégier une alimentation variée, faisant une large place aux aliments peu transformés.
Le Nutri-Score constitue donc une aide supplémentaire, mais ne remplace pas la lecture des informations nutritionnelles.
En conclusion : faut-il faire confiance au Nutri-Score ?
Oui, le Nutri-Score est un outil utile, dont l'intérêt est étayé par de nombreuses études scientifiques.
Il facilite la compréhension des informations nutritionnelles et permet de comparer des produits similaires.
Mais il ne prend pas en compte toutes les dimensions de notre alimentation, notamment le degré de transformation, les contaminants ou l'impact environnemental.
Les débats autour de son affichage montrent également que les enjeux scientifiques, économiques et réglementaires ne sont pas toujours les mêmes.
Le Nutri-Score constitue donc une aide au choix, mais ne remplace pas une alimentation variée et équilibrée.
L'essentiel est de savoir l'utiliser, d'en comprendre les limites et de conserver un regard critique sur les informations présentes sur les emballages.
Pour approfondir ce sujet, découvrez également notre article :
Labels alimentaires : peut-on vraiment leur faire confiance ?
Sources scientifiques et institutionnelles
Santé publique France
Nutri-Score : fonctionnement et données scientifiques
Évaluation de la campagne Nutri-Score 2025 — mars 2026
Assemblée nationale
UFC-Que Choisir
Nutri-Score : quelles sont les marques qui l'abandonnent ? — 27 mai 2026
Études scientifiques
Deschasaux-Tanguy M. et al. (2024). Nutritional quality of diet characterized by the Nutri-Score profiling system and cardiovascular disease risk: a prospective study in 7 European countries. The Lancet Regional Health – Europe, 46, 101006. Consulter l'étude
Muzzioli L. et al. (2025). Nutri-Score effectiveness in improving consumers' nutrition literacy, food choices, health, and healthy eating pattern adherence: A systematic review. Nutrition, 140, 112880. Consulter la revue systématique
Ferard C. et al. (2026). Re. Nutri-Score effectiveness… Nutrition, 143, 113010. Consulter le commentaire scientifique
Muzzioli L. et al. (2026). Author's response to comment… Nutrition, 143, 113012. Consulter la réponse des auteurs
Article actualisé le 25 octobre 2026.
