Les perturbateurs endocriniens : comment réduire simplement son exposition ?

Les perturbateurs endocriniens sont aujourd'hui présents dans notre quotidien. Faut-il s'inquiéter ? Pas nécessairement. Avec quelques gestes simples, il est déjà possible de réduire significativement son exposition.

ENVIRONNEMENT & SANTÉ

Valérie VALERA, Cap Nutrition et Pleine Santé

6 min temps de lecture

Les perturbateurs endocriniens : comment réduire simplement son exposition ?

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans notre environnement quotidien. Faut-il pour autant s’inquiéter en permanence ? Non.

L’objectif n’est pas de chercher à tout éviter — ce qui serait pratiquement impossible — mais de mieux connaître les principales sources d’exposition et d’adopter quelques habitudes simples pour les réduire.

Que sont les perturbateurs endocriniens ?

Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui peuvent perturber le fonctionnement de notre système hormonal et entraîner des effets néfastes sur la santé.

Or, les hormones participent à de très nombreuses fonctions de l’organisme, notamment :

✓ la croissance et le développement ;
✓ la reproduction ;
✓ le métabolisme ;
✓ la régulation de la glycémie ;
✓ le fonctionnement de nombreux organes.

Les perturbateurs endocriniens peuvent agir de différentes façons. Certains peuvent imiter l’action d’une hormone, d’autres la bloquer ou encore modifier sa production, son transport ou son élimination.

Pourquoi sont-ils autant étudiés ?

Les perturbateurs endocriniens présentent certaines particularités qui rendent leur étude complexe.

Pour certaines substances, des effets peuvent notamment survenir à de faibles niveaux d’exposition et la relation entre la dose et l’effet n’est pas toujours aussi simple qu’on pourrait l’imaginer.

Le moment de l’exposition compte également beaucoup : une exposition pendant une période de développement peut avoir des conséquences différentes d’une exposition à l’âge adulte.

Enfin, dans la vie quotidienne, nous ne sommes généralement pas exposés à une seule substance mais à de nombreuses substances provenant de sources différentes.

Les chercheurs étudient donc également les effets possibles de ces expositions multiples, parfois appelés « effet cocktail ».

Où peut-on les retrouver ?

Certaines substances reconnues ou suspectées d’avoir des propriétés de perturbation endocrinienne peuvent être présentes dans notre environnement quotidien :

✓ certains plastiques et emballages alimentaires ;
✓ certains cosmétiques ;
✓ certains produits ménagers ;
✓ certains pesticides ;
✓ certains textiles ou matériaux ;
✓ l’air intérieur et les poussières de la maison.

Toutes ces substances ne présentent cependant pas les mêmes risques et nous n’y sommes pas tous exposés de la même manière.

Quels effets sur la santé ?

Les connaissances scientifiques continuent d’évoluer.

Pour certaines substances, les effets sur le système endocrinien sont bien documentés. Pour d’autres, les scientifiques disposent surtout d’associations observées dans les études et poursuivent leurs recherches.

Les perturbateurs endocriniens sont notamment étudiés pour leurs effets possibles sur :

✓ la fertilité et la reproduction ;
✓ la croissance et le développement ;
✓ certaines étapes de la puberté ;
✓ le métabolisme ;
✓ certaines maladies hormonodépendantes.

Le niveau de preuve n’est pas identique pour toutes les substances ni pour tous les effets étudiés.

Il faut également garder à l’esprit qu’une maladie est généralement multifactorielle : l’environnement constitue un facteur parmi de nombreux autres.

Perturbateurs endocriniens et prise de poids : que sait-on vraiment ?

C’est un domaine de recherche particulièrement intéressant en nutrition.

Certaines substances sont étudiées pour leur capacité éventuelle à modifier le fonctionnement du tissu adipeux, le métabolisme des lipides, la sensibilité à l’insuline ou d’autres mécanismes impliqués dans la régulation du poids.

On parle parfois de substances « obésogènes ».

Des associations entre l’exposition à certaines substances et l’obésité ou différents paramètres métaboliques ont été observées dans plusieurs études.

Cela ne signifie toutefois pas qu’un perturbateur endocrinien provoque à lui seul une prise de poids.

Le poids résulte de nombreux facteurs qui interagissent entre eux : alimentation, activité physique, sommeil, environnement, facteurs psychologiques et sociaux, âge, génétique, état de santé ou encore certains traitements.

Les facteurs environnementaux constituent donc une pièce supplémentaire d’un ensemble beaucoup plus complexe.

Les périodes où nous sommes particulièrement sensibles

Certaines périodes de la vie nécessitent une vigilance particulière, notamment :

✓ la grossesse ;
✓ la période fœtale ;
✓ la petite enfance ;
✓ l’enfance et l’adolescence.

Durant ces périodes, l’organisme est en développement et le système hormonal joue un rôle essentiel.

C’est pourquoi la prévention des expositions est particulièrement importante pendant la grossesse et les premières années de la vie.

Toutes les substances ne se comportent pas de la même façon

Certaines substances sont éliminées assez rapidement par l’organisme, notamment par les urines.

Mais une élimination rapide ne signifie pas nécessairement une absence d’exposition : si nous utilisons quotidiennement des produits qui en contiennent, l’exposition peut être répétée.

D’autres substances sont beaucoup plus persistantes et peuvent rester longtemps dans l’environnement ou s’accumuler dans l’organisme.

C’est une raison supplémentaire pour ne pas parler des « perturbateurs endocriniens » comme s’il s’agissait d’une seule et même substance.

Bonne nouvelle : inutile de chercher la perfection

Il est pratiquement impossible d’éviter toute exposition.

En revanche, nous pouvons agir sur certaines sources du quotidien.

L’objectif n’est pas de vivre dans l’inquiétude ni de bouleverser toutes ses habitudes du jour au lendemain.

Quelques changements simples et progressifs permettent déjà de limiter certaines expositions.

5 gestes simples pour réduire son exposition

1. Évitez de chauffer les aliments dans du plastique

Lorsque cela est possible, utilisez plutôt :

✓ le verre ;
✓ l’inox ;
✓ la céramique adaptée à un usage alimentaire.

La chaleur peut favoriser la migration de certaines substances présentes dans les contenants vers les aliments.

Évitez également de laisser des bouteilles ou des contenants en plastique exposés longtemps à une forte chaleur, par exemple dans une voiture en plein soleil.

2. Adoptez quelques bons réflexes avec l’eau

En France, l’eau du robinet fait l’objet d’une surveillance sanitaire régulière.

Quelques habitudes simples peuvent néanmoins être adoptées :

✓ utiliser de l’eau froide du robinet pour cuisiner puis la chauffer ;
✓ laisser couler l’eau après une longue période de stagnation dans les canalisations ;
✓ éviter de laisser les bouteilles en plastique au soleil ou à proximité d’une source de chaleur.

Il n’est pas nécessaire pour autant de supprimer systématiquement l’eau du robinet ou de multiplier les eaux en bouteille.

3. Aérez régulièrement votre logement

L’air intérieur peut contenir de nombreux polluants provenant des meubles, peintures, produits ménagers, parfums d’intérieur ou autres objets du quotidien.

Aérer quotidiennement son logement contribue à renouveler l’air intérieur.

Limiter l’accumulation de poussière est également utile, car certaines substances chimiques peuvent s’y retrouver.

4. Simplifiez les cosmétiques et les produits ménagers

Multiplier les produits n’est pas toujours nécessaire.

Quelques réflexes simples :

✓ limiter les produits superflus ;
✓ privilégier lorsque cela est possible des produits simples ;
✓ limiter les parfums d’intérieur, sprays et produits très parfumés ;
✓ respecter les conditions d’utilisation des produits.

L’objectif n’est pas de jeter tout ce que vous possédez, mais de simplifier progressivement vos habitudes.

5. Privilégiez une alimentation variée et peu transformée

L’alimentation constitue l’une des voies possibles d’exposition à différentes substances environnementales.

Quelques habitudes restent particulièrement utiles :

✓ cuisiner davantage à partir d’aliments simples ;
✓ laver les fruits et légumes ;
✓ varier les aliments et leurs sources ;
✓ éviter de chauffer les aliments dans des emballages non prévus pour cet usage ;
✓ limiter la consommation excessive d’aliments ultra-transformés.

Une alimentation variée présente également l’intérêt de ne pas concentrer toujours les mêmes sources potentielles d’exposition.

Une attention particulière pendant la grossesse et chez les jeunes enfants

La grossesse et les premières années de vie correspondent à des périodes importantes du développement.

Sans chercher la perfection, quelques précautions simples peuvent être particulièrement intéressantes :

✓ ne pas chauffer les aliments dans des contenants en plastique inadaptés ;
✓ limiter les produits cosmétiques ou ménagers inutiles ;
✓ aérer régulièrement le logement ;
✓ privilégier une alimentation variée ;
✓ éviter les expositions inutiles.

L’idée reste toujours la même : réduire ce qui peut facilement l’être sans créer d’inquiétude excessive.

En résumé

Retenez surtout quatre choses :

✔ Les perturbateurs endocriniens sont présents dans notre environnement quotidien.

✔ Toutes les substances n’ont pas les mêmes effets et les niveaux de preuve scientifique varient.

✔ Il est impossible d’éviter totalement toute exposition.

✔ Des gestes simples et progressifs permettent de réduire certaines sources d’exposition.

En prévention santé, l’objectif n’est pas de rechercher un environnement parfait.

Il s’agit plutôt de comprendre les facteurs sur lesquels nous pouvons agir et de faire évoluer progressivement nos habitudes, en tenant compte de l’ensemble des déterminants de notre santé.

Sources scientifiques

Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).

Santé publique France.

Ministère chargé de la Santé.

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